[ko-oueurkinngue]

L’infolettre “Jours de Francis” parle vachement bien du [ko-oueurkinngue], cette invention du diable que tout le monde s’acharne à me recommander depuis cinq ans (alors que la seule façon de supporter le travail, c’est seule chez soi en pyjama avec un thé vert parfumé et un podcast de qualitay, comme chacun le sait).

(Jamais.)

Une cliente m’a (re)demandé récemment pourquoi je ne me formais pas au doublage, le vrai de vrai, synchrone et tout, et même si je pressens confusément que mon refus obstiné va finir par me desservir, rien à faire, je n’en ai toujours pas pas envie. En y réfléchissant deux minutes (car après tout, pourquoi ne pas ajouter une corde à mon arc, hein ?), je pourrais répondre que les versions doublées, même d’excellente qualité, me donnent de l’urticaire, bien que je les juge utiles voire nécessaires, et que ça me ferait mal de travailler autant pour un résultat qui m’est aussi profondément désagréable. Et surtout, surtout, que le grand amour de ma vie restera toujours le sous-titrage, que je n’en fais déjà pas assez à mon goût et que le défilement harmonieux et fluide de ces petites lignes de texte au bas de l’écran m’apporte un sentiment de plénitude que rien n’égalera jamais en matière de traduction, donc tu peux remballer ton doublage, franchement, hein.

Mais comme tout ça n’est ni très diplomatique ni assez froidement professionnel, je réponds : “Hmm, oui, peut-être un jour !”

(Jamais.)

Ayant esgard à la dignité des sciences

Amis traducteurs scientifiques, si vous avez un peu la flemme de faire vos recherches terminologiques, n’hésitez pas à invoquer l’illustre précédent de Paul Bienassis, traducteur en français, au XVIe siècle, de ce qui semble être le premier traité d’obstétrique imprimé (Der swangern Frauwen und Hebamen Rosegarten, d’Eucharius Rösslin).

Ce mini-passage est extrait d’une étude qui mêle réflexions scientifiques et traductologiques avec un certain brio (Valérie Worth-Stylianou, Les traités d’obstétrique en langue française au seuil de la modernité). Je radote répète toujours à qui veut l’entendre (et même à qui ne veut pas) que ce que j’aime dans la traduction de documentaires, c’est qu’on apprend plein de choses, toujours, tout le temps, et la plongée du moment chez les accoucheuses du XVIIe siècle à Cologne (oui) est pleine de bonnes surprises.

Parfois

Parfois, j’ouvre le dossier de mon ordi contenant les 14 photos prises en 2009 lors de ce pique-nique aux Buttes-Chaumont qui regroupait une petite dizaine de traducteurs de l’Association. Il y a A., A., B., C., E., I., R. et C. J’ai la clope au bec, évidemment, les jambes un peu épaisses vues en contre-plongée et la peau luisante, mais je ne me souviens pas avoir été beaucoup plus sereine que cet après-midi là. Tous ces gens pieds nus dans l’herbe cadrés bizarrement sur la pente du parc, qui ont l’air contents d’être là et que je ne vois pratiquement plus aujourd’hui, me manquent terriblement, comme me manquent les débuts de l’Association. On s’engueulait un peu, on tâtonnait, on se plantait, on recommençait. C’était bien, c’était vivant. On était vivants.

Cote

C’est malheureux, mais officiel : le fait de croiser “cote” correctement orthographié dans un sous-titre me remplit désormais de joie au-delà du raisonnable.

(Sous influence/Apple Tree Yard, sous-titrage Yves Tixier. Les quatre épisodes de cette série pas mal du tout sont merveilleusement sous-titrés, au demeurant, deux d’entre eux étant traduits par Délia D’Ammassa.)

(Bonus : ne cliquez que si vous avez le cœur orthographique bien accroché.)

Om

Mille choses m’agacent au yoga, en vrac le blabla sur les phases de la lune, les énergies, les chakras ou l’influence des planètes, mais aussi l’encens, les bols tibétains, les déclarations sentencieuses dignes de La Philo selon Philippe que tout le monde écoute d’un air pénétré, les phrases absurdes du type “installons-nous dans l’observation de la respiration”, les mantras à chanter phonétiquement sans rien y comprendre, la spiritualité de pacotille mal digérée, les pseudosciences susceptibles de pointer le bout de leur nez à tout instant, l’effet “cocon” qui détache de réalités qu’on ne devrait jamais perdre de vue, les bienfaits médicaux miraculeux martelés jusqu’à plus soif, et j’en oublie.

Mais, j’avoue, depuis que j’ai remarqué que l’air sur lequel M. nous faisait chanter religieusement “Om Namah Shivaya” au cours de jeudi midi correspondait aux premières notes de “C’est la chenille qui redémarre”, ça va beaucoup mieux.

J’ai commandé un DVD

Un DVD chez Satan, évidemment (c’est pas bien), et je suis depuis avec fascination les pérégrinations détaillées au quart d’heure près de mon exemplaire d’Electric Boogaloo: The Wild, Untold Story of Cannon Films, un peu déçue tout de même que les pauses-pipi des livreurs n’apparaissent pas dans ce relevé aussi méticuleux qu’international.

(Ce DVD méritait-il tout cela, c’est une autre question.) (La réponse est sans doute : non.)