Faisons du yoga avec… (1)

Je ne pensais pas m’intéresser un jour à la morning routine (voire au miracle morning) de Karajan, pour être franche. Mais je me demande si je ne démarrerais pas une collection de témoignages du type “le yoga et les grands de ce monde”. (Peut-être pas, mais je suis tombée sur ce passage dans mes recherches pour une trad et l’idée m’a traversé l’esprit.)

Peter Uehling, “Karajan – Une biographie“, trad. Paul Gérard, Hermann éditeurs, 2008

Dissonance cognitive


J’ai bien remarqué l’air à la fois désapprobateur et incrédule du type qui m’a vue tout à l’heure sortir mes clopes de mon sac à tapis de yoga*, du coup j’ai failli lui lancer : “En plus, je suis végétarienne et j’ai un sac à main en cuir !”.

* (Mon sac à tapis de yoga comporte une petite poche capable de contenir à la fois un paquet de mouchoirs et un paquet de cigarettes, autant vous dire que je ne me prive pas pour l’utiliser à ce double effet. )

Une très bonne émission

Où l’on apprend que Bikram Choudhury n’aurait pas réussi sans Shirley MacLaine, que le volet postural du yoga est relativement récent, qu’on peut manger des tartines d’avocat à Rishikesh comme partout ailleurs dans le monde, que Los Angeles est la Bénarès de l’Amérique et qu’il y a un storytelling de la “contamination positive” du monde par le yoga.

Maaaaa viiiiiie (1)

Le blender inclus dans le robot multifonctions dont j’ai fait l’acquisition en fin d’année, combiné à un changement d’horaires au club de yoga multi-styles à côté de chez moi, me permet de gravir un nouveau degré sur l’échelle de la boboïtude en confectionnant des smoothies verts au retour de mon cours de Pilates (cours donné par un coach sportif dont le site affiche en exergue la phrase “La vie commence en-dehors de votre zone de confort”) et en trouvant ça “plutôt sympa”, mais surtout “très énergisant”.

Handstand

Janvier 2019, et toujours incapable de décoller les pieds pour monter en équilibre sur les mains avec les bras tendus, même avec un cours entier de préparation, une surmotivation totale et le mur derrière en parade rassurante. C’est 100 % dans la tête, mon bassin arrive sans problème à la verticale, mon dos est bien droit, mes abdos sont à peu près gainés, mes épaules et mes poignets en ont vu d’autres, mes jambes ont assez d’amplitude pour monter confortablement, pourtant je n’ai pas vraiment envie de le faire, ce handstand. Je sais que ça finira par se décanter (comme l’équilibre sur la tête s’est débloqué miraculeusement à l’été 2017 – cela dit, la vie était particulièrement belle à l’été 2017 et ce n’est sans doute pas un hasard) et je m’interdis d’être impatiente, mais ça n’en reste pas moins une source de perplexité. Qu’est-ce qui fait que le corps “oublie” à ce point quelque chose qu’il faisait sans problème à 15 ans, soit un âge où il était quasi-aussi souple, plus lourd et moins musclé qu’aujourd’hui (je crois me souvenir que je marchais même un peu sur les mains à l’époque), qu’on perd toute confiance en soi et qu’on se crée inutilement des nœuds dans le cerveau, mystère, mystère insondable de l’adultitude. (Et fatigue.)

Des vertus du seum

J’ai lu hier le billet d’une consœur traductrice littéraire (et adepte assidue du yoga, ce point a manifestement son importance et me parle, bien sûr) qui se débat avec des délais de paiement de plus en plus longs de la part de ses éditeurs et qui développe la réflexion suivante :

Tout cela m’attriste. Pas seulement la désinvolture avec laquelle on traite les traducteurs, petites mains toujours essentielles, talents toujours allègrement piétinés, variable d’ajustement toujours commode, mais aussi la réaction de la consœur dans sa dimension résignée. Je ne juge pas, son attitude est sûrement salutaire et après tout, chacun gère comme il peut les coups du sort et les difficultés matérielles. Mais c’est un peu le point ultime de la grande récupération capitaliste des aspirations au minimalisme, à la sobriété heureuse, à la recherche du bonheur à l’intérieur de soi (par le yoga, notamment) : non contents d’être plus performants parce qu’en meilleure santé, plus rentables car plus résistants à la pression et plus philosophes car plus détachés des considérations matérielles (tant mieux x 3, évidemment, hein), nous voilà bien dociles, fatalistes, contents de notre sort même quand il se dégrade, bons petits soldats du système pleins de gratitude.

Et puis le métier-passion qui dispense d’exiger des conditions de travail de base décentes (genre : être payé), il serait temps d’en revenir aussi.

Grrrrr.

Om

Mille choses m’agacent au yoga, en vrac le blabla sur les phases de la lune, les énergies, les chakras ou l’influence des planètes, mais aussi l’encens, les bols tibétains, les déclarations sentencieuses dignes de La Philo selon Philippe que tout le monde écoute d’un air pénétré, les phrases absurdes du type “installons-nous dans l’observation de la respiration”, les mantras à chanter phonétiquement sans rien y comprendre, la spiritualité de pacotille mal digérée, les pseudosciences susceptibles de pointer le bout de leur nez à tout instant, l’effet “cocon” qui détache de réalités qu’on ne devrait jamais perdre de vue, les bienfaits médicaux miraculeux martelés jusqu’à plus soif, et j’en oublie.

Mais, j’avoue, depuis que j’ai remarqué que l’air sur lequel M. nous faisait chanter religieusement “Om Namah Shivaya” au cours de jeudi midi correspondait aux premières notes de “C’est la chenille qui redémarre”, ça va beaucoup mieux.