Rions avec les tas

C’est une carte postale dessinée que m’avait envoyée V., camarade de lycée, au siècle dernier. Elle montrait trois tas de sable surmontés de petits phylactères qui répétaient avec insistance “Chut !” et la légende du dessin disait : “SECRET DES TAS”. Je l’ai gardée longtemps en vue dans mon salon, cette carte, parce qu’elle me faisait bêtement rire, et puis j’ai fini par l’ôter de son espèce de pince-présentoir après un déménagement. Les couleurs avaient jauni et elle avait pris un drôle d’air un peu plié (mais peut-être est-elle encore dans une boîte quelque part, je l’aimais vraiment bien).

Bref, toujours est-il que quand je suis tombée sur une blague à traduire hier soir vers 23 h, j’ai tout de suite pensé à ce jeu de mots stupide sur “des tas”/”d’État” d’une concision idéale pour le sous-titrage qui faisait parfaitement l’affaire en français, et j’étais bien contente de l’avoir sous le coude.

À quoi ça tient, parfois ? À un gloussement de 1997 qui ressert en 2019. (Envoyez des cartes postales, c’est chouette, les cartes postales.)

!!!!

Une amie m’ayant confié ses mémoires de traduction audiovisuelle en VHS à transférer sur DVD, j’en ai profité pour faire pareil avec les miens. Il n’est jamais très agréable de rouvrir une traduction un peu vieille, mais autant vous dire qu’il est carrément déplaisant d’exhumer des sous-titres de fin d’études vieux de 15 ans bien tapés. D’un autre côté, c’est bien, on mesure le chemin parcouru (et heureusement). Je découvre ainsi que j’avais vraiment, vraiment, un amour immodéré des points d’exclamation, à 22 ans.

(George Cukor, A Double Life/Othello, 1947.)

Passion recherches

Je suis incapable d’expliquer aux gens normaux le plaisir de retrouver enfin transcrits quelque part les deux vers incompréhensibles de cette chanson en yiddish qui ne fait pas partie du répertoire traditionnel et dont j’ai cherché les paroles pendant deux bonnes heures parce que je tâtonnais sur la translittération des mots (au mépris de toute notion de rentabilité, puisque je facturerai ces deux sous-titres de chanson 1,40 euro pièce). Mais je suis très contente, na.

Bogey

Dans la série sans fin des “ça dépend du contexte” et des “la traduction automatique n’a aucun sens en traduction audiovisuelle”, je recherchais en vain un dialogue de film l’autre jour quand je suis tombée sur la traduction en plusieurs langues d’une réplique (peut-être issue de Battlestar Galactica) assez anodine :

Sierra Alpha, we got a new bogey.

“Bogey” désigne donc un avion ennemi, mais dans un sous-titre, “avion ennemi”, c’est un peu long par rapport à “bogey”, alors toutes les langues (recensées sur Reverso, qui mouline des fichiers de sous-titres piratés en vertu d’on ne sait trop quelle exception miraculeuse au droit d’auteur) ont opté pour un autre mot.

Sierra Alpha, nous avons un nouveau copain.
Sierra Alpha, tenemos un nuevo bandido.
Sierra Alfa, abbiamo un altro nemico.
Sierra-Alpha, wir haben einen neuen Angreifer.
Sierra Alpha, temos um novo inimigo.

On peut donc noter que la version française dit, littéralement, à peu près l’opposé des versions italienne et portugaise, et qu’elles sont pourtant toutes justes, alors même qu’aucune ne traduit stricto sensu le terme “bogey”. Voilà, ça dépend du contexte et la traduction automatique n’a aucun sens en traduction audiovisuelle, EN SOMME. Na.