Je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie

Sur les huit derniers mois, je me rends compte que quatre commandes (dont trois d’un volume non négligeable) que j’ai traduites ont été le fruit de recommandations de consœurs sympa. Les quatre étaient intéressantes et se sont merveilleusement bien passées ; les clients étaient sympas, n’ont pas mégoté sur les tarifs et m’ont payée promptement. Vive les consœursetamies, bref. (Je renvoie l’ascenseur aussi quand j’en ai l’occasion, hein.)

Quel est arrivé à votre genou ?

Parce qu’on vit décidément une époque formidable, il paraît que service de VOD d’Amazon met en ligne des “doublages” (ajouter quelques paires de guillemets) traduits automatiquement et lus par une voix de synthèse.

(L’article de Numérama, le fil de Filmsdelover.)

(Vidéo piquée ici.)

J’ai beaucoup de mal à croire qu’Amazon ne soit pas au courant et se soit fait “flouer par un prestataire”. Tout ça ressemble plutôt à un bon petit ballon d’essai des familles. Après tout, le public dans sa grande majorité semble tellement s’en taper, de la qualité des traductions audiovisuelles, hein ?

(Et évidemment, sans doute parce que j’ai mauvais esprit, me revient en tête ce que j’ai lu il y a quelques jours dans un article sur le site des Échos.)

Silence

C’est une angoisse qui ne disparaîtra semble-t-il jamais : celle du premier boulot rendu au nouveau client. Celle du silence qui suit le mail de livraison. Celle du flottement. Une heure, deux heures, trois heures. Attendre. Imaginer le type à l’autre bout du mail atterré à l’ouverture des fichiers. Le visualiser devenir tout pâle à la relecture. L’entendre s’exclamer : “Mais c’est NUL, c’est PAS DU TOUT ÇA, elle a foutu N’IMPORTE QUOI !”. À mesure que les heures passent, développer des variantes de plus en plus vulgaires et humiliantes de cette phrase. Se repasser dans la tête tous les moments où on a douté au cours de cette trad, tous les passages où on a fait des choix discutables, toutes les hésitations potentiellement fatales. Au bout de cinq, six heures, se dire que ça y est, c’est fichu, on n’entendra plus jamais parler du client, parce qu’il est tellement gêné qu’il ne sait pas comment me dire que j’ai fait de la merde. Se terrer un peu plus sous son lit, se souvenir à quelle vitesse vont les nouvelles dans ce métier, voir s’écrouler quinze ans d’expérience. Vérifier ses dernières volontés, écrire une lettre d’adieux, ouvrir la fenêtre, sauter.

(J’ai livré à 8 h 34, le nouveau client a accusé réception de mes fichiers avec enthousiasme à 17 h 08, autant dire j’ai passé une EXCELLENTE journée sous mon lit.)

“J’ai mis le doigt sur des pépites pour te distinguer de la concurrence”

Évidemment, il fallait que ça finisse par nous tomber dessus, le coaching de traducteurs.

(Je suis en PLS, comme ne disent même plus les djeunz.)

Résident de la république (des lettres) (traduites)

J’ai vu passer cette semaine une belle offre de résidence de traduction au col du Pourtalet, dans les Pyrénées (deux mois, bonnes conditions matérielles, destinée aux traducteurs littéraires français-espagnol/espagnol-français) et l’ai partagée (comme on dit) avec enthousiasme dans les rares endroits où je traîne encore mes guêtres numériques.

Parce que c’est vrai, elles sont précieuses, ces belles offres de résidences de traduction qui relèvent réellement du mécénat, précieuses parce que rares – on pense peu aux traducteurs dans l’action culturelle, il est donc très louable que certains organismes le fassent.

(Car attention, il y a aussi de fausses résidences qui sont manifestement destinées à faire bosser pas cher un traducteur en lui faisant croire qu’il est en vacances. À éviter, donc.)

Et puis en même temps, je me disais que même si je répondais aux conditions requises, j’aurais sans doute du mal à aller m’enterr… m’isoler deux mois au col du Pourtalet. Même avec une bourse de 5 000 balles, même pour traduire un chef d’œuvre de la littérature contemporaine. (Le Pourtalet : sa “Maison du cuir”, son supermarché-bar-souvenirs, sa bien-nommée Calle Única et… c’est à peu près tout.) Alors oui, c’est sûr, on ne doit pas être trop dérangé par les distractions futiles, là-haut, et on sait ♫ que la montagne est beeeeelle ♫, mais ça manque peut-être un peu trop de cinémas, de cours de yoga, de graffiti et de bruits de la ville pour ne pas être totalement angoissant.

(Léger crissement de tumbleweeds sur goudron pyrénéen.)

(Brrrr.)