Collection

On ne parle pas assez de la satisfaction simple que procure une collection de jolis bouquins de cuisine. (Je ne voudrais pas m’avancer trop ni vous inquiéter, mais j’ai fait deux recettes ottolenghiennes en une semaine, que j’ai trouvées chouettes à préparer, pas trop longues et d’un rapport qualité gustative/effort investi tout à fait raisonnable (comprendre : ça dé-chi-rait). À ce rythme-là, je vais finir par me mettre à la cuisine quotidienne et par aimer ça, mandieu où va le monde.)

Æ

Une drôle de ligature a attiré mon regard sur les tables des bouquinistes (un rien m’amuse, vous savez) :

Outre le fait qu’on sait normalement composer des titres allemands en capitales “umlautées” depuis un bon moment…

(Variante 1, les deux points sont de part et d’autre de la pointe du A.)
(Variante 2, l’umlaut est au-dessus de la pointe.)

… on a surtout l’habitude de voir une autre façon “à l’ancienne” d’écrire les capitales à umlaut en allemand, avec un petit “e” surmontant la lettre concernée :

(Cette édition est contemporaine de l’édition française photographiée ci-dessus, début des années 1950.)

Certes, le Æ se croise aussi parfois en Germanie. Wikipedia indique que cette ligature était une lettre à part entière en Mittelhochdeutsch, c’est-à-dire le moyen haut allemand parlé entre 1050 et 1350. Bon, ça date un peu. On le retrouve par exemple encore sur cette superbe façade en briques d’un immeuble d’Augsbourg datant des premières années du XXe siècle (crédits)…

… mais je ne suis pas persuadée que la réflexion de l’éditeur français soit allée jusque là, si ? (Oui, oh, bon.)

Silence

C’est une angoisse qui ne disparaîtra semble-t-il jamais : celle du premier boulot rendu au nouveau client. Celle du silence qui suit le mail de livraison. Celle du flottement. Une heure, deux heures, trois heures. Attendre. Imaginer le type à l’autre bout du mail atterré à l’ouverture des fichiers. Le visualiser devenir tout pâle à la relecture. L’entendre s’exclamer : “Mais c’est NUL, c’est PAS DU TOUT ÇA, elle a foutu N’IMPORTE QUOI !”. À mesure que les heures passent, développer des variantes de plus en plus vulgaires et humiliantes de cette phrase. Se repasser dans la tête tous les moments où on a douté au cours de cette trad, tous les passages où on a fait des choix discutables, toutes les hésitations potentiellement fatales. Au bout de cinq, six heures, se dire que ça y est, c’est fichu, on n’entendra plus jamais parler du client, parce qu’il est tellement gêné qu’il ne sait pas comment me dire que j’ai fait de la merde. Se terrer un peu plus sous son lit, se souvenir à quelle vitesse vont les nouvelles dans ce métier, voir s’écrouler quinze ans d’expérience. Vérifier ses dernières volontés, écrire une lettre d’adieux, ouvrir la fenêtre, sauter.

(J’ai livré à 8 h 34, le nouveau client a accusé réception de mes fichiers avec enthousiasme à 17 h 08, autant dire j’ai passé une EXCELLENTE journée sous mon lit.)

Simple

Ça me trottait dans la tête depuis un moment et j’en ai parlé ici même il y a deux jours : ça y est. It’s mine.

Je fonde beaucoup d’espoirs culinaires sur ce bouquin dont j’ai entendu le plus grand bien, mais je n’oublie pas qu’Ottolenghi, c’est le gars qui demande la liste d’ingrédients ci-dessous pour préparer…

… des fucking œufs brouillés*. Donc prudence. “Simple”, “simple”, je demande à voir. Groumpf.

* Recette issue de Plenty More, un de ses précédents ouvrages (que j’aime quand même d’amour, hein, il ne faut pas se mentir).

“J’ai mis le doigt sur des pépites pour te distinguer de la concurrence”

Évidemment, il fallait que ça finisse par nous tomber dessus, le coaching de traducteurs.

(Je suis en PLS, comme ne disent même plus les djeunz.)

L’aventure est au rayon culinaire

J’ai vu en passant le dernier Ottolenghi dans la vitrine de cette librairie que je fréquente rarement, alors je suis entrée pour le feuilleter et p’têtre bien l’acheter, mais franchement, je n’étais pas prête pour ce que j’ai trouvé à l’intérieur.

Bogey

Dans la série sans fin des “ça dépend du contexte” et des “la traduction automatique n’a aucun sens en traduction audiovisuelle”, je recherchais en vain un dialogue de film l’autre jour quand je suis tombée sur la traduction en plusieurs langues d’une réplique (peut-être issue de Battlestar Galactica) assez anodine :

Sierra Alpha, we got a new bogey.

“Bogey” désigne donc un avion ennemi, mais dans un sous-titre, “avion ennemi”, c’est un peu long par rapport à “bogey”, alors toutes les langues (recensées sur Reverso, qui mouline des fichiers de sous-titres piratés en vertu d’on ne sait trop quelle exception miraculeuse au droit d’auteur) ont opté pour un autre mot.

Sierra Alpha, nous avons un nouveau copain.
Sierra Alpha, tenemos un nuevo bandido.
Sierra Alfa, abbiamo un altro nemico.
Sierra-Alpha, wir haben einen neuen Angreifer.
Sierra Alpha, temos um novo inimigo.

On peut donc noter que la version française dit, littéralement, à peu près l’opposé des versions italienne et portugaise, et qu’elles sont pourtant toutes justes, alors même qu’aucune ne traduit stricto sensu le terme “bogey”. Voilà, ça dépend du contexte et la traduction automatique n’a aucun sens en traduction audiovisuelle, EN SOMME. Na.